EDITO "La Même Chose, Toujours Autrement"

On s’accorde généralement à dire que “musique répétitive” est le terme utilisé en France pour parler de ce qu’on nomme partout ailleurs “musique minimaliste”, soit un genre musical né aux États-Unis dans la première moitié des années 1960. On peut cependant d’une part les distinguer aisément comme étant deux courants différents et, d’autre part garder à l'esprit qu'un certain nombre de compositeurs américains (Charlemagne Palestine en tête) rejettent farouchement l’étiquette de “musique minimaliste”. À tel point que Steve Reich lui-même lui préfère l’expression “musique répétitive” – en français dans le texte – lors d’une interview accordée aux journalistes français Daniel Caux et Franck Mallet. On pourrait à la limite dire d’un certain minimalisme qu’il est “radical” (sons continus, économie de moyen) et d’un autre qu’il est “répétitif” (pulsation, mélodies hypnotiques).

 

Parfois, ces mêmes musiques sont appelées “post-modernes” ou encore classées dans la catégorie de la “nouvelle musique”, deux étiquettes qui ont d’ailleurs en commun une relation à une temporalité, une forme d’ancrage dans un moment donné. Pourtant les nombreuses références à ces temporalités que l’on utilise régulièrement pour désigner des genres musicaux apparaissent rapidement comme étant limitées. Ainsi la “musique contemporaine” née à la fin de la Seconde Guerre Mondiale est-elle toujours de la musique contemporaine aujourd’hui ? S’il est admis que la “musique ancienne” démarre au Moyen-Âge pour courir jusqu’à la musique classique – qu’elle englobe et qui s’achève au début du XIXème siècle –, les musiques qui précèdent la musique médiévale ne sont elles pas anciennes pour autant ? Au Moyen-Âge justement, les compositeurs de la brève période de l'Ars subtilior étaient un peu l'équivalent de nos compositeurs comtemporain d'aujourd'hui, eux qui utilisaient différentes langues et couleurs pour leurs partitions, partitions parfois graphiques qui plus est et particulièrement élaborées. On pourrait encore souligner pour l’exemple que cela fait un siècle que le futurisme appartient à notre passé.

 

Dans le même esprit, s’il est clair que la “musique répétitive” en tant que telle est née dans le dernier tiers du XXème siècle et compte comme étant l'un des courants majeurs de la musique contemporaine, elle n’a pourtant pas l’apanage de la répétitivité et puise son inspiration dans des schémas immémoriaux. Le processus de répétition préexiste en effet aussi bien dans certaines formes de musique ancienne que dans la musique de traditions, occidentales ou non, et elle s'immisce désormais également dans les autres esthétiques qui composent les “Musiques Actuelles”.

 

Pour autant n'est ce pas fascinant de constater que, contrairement à une idée reçue, tout n’a pas déjà été fait, qu'il reste des formes à imaginer et des musiques à inventer ? Anton Webern, l’un des piliers de la musique sérielle, avait pour devise la formidable, bien que minimaliste, phrase suivante : « La même chose toujours autrement ». Le Périscope semble être un endroit idéal pour découvrir et re-découvrire cette chose merveilleuse et toujours en évolution qu'est la musique.

 

Amaury Cornut