Unipop / Conférence Josua Grabener


lundi 28 mai 2018


20h30
ouverture du bar 18h00

1. La qualification du travail et des travailleur.e.s, un enjeu de lutte
Afin de réduire le chômage, la précarité et le travail non qualifié, les gouvernements successifs de la plupart des pays européens misent sur l’accès à des formations certifiantes. Cette approche entérine la confusion entre certification et qualification. L’amalgame semble indépassable : les conséquences sont visibles tant du côté de la subordination croissante de l’appareil d’éducation / formation aux « besoins » supposément prévisibles des entreprises, que du côté de la naturalisation des hiérarchies sociales fondées en grande partie sur les diplômes. Par quels mécanismes, à la fois idéologiques et institutionnels, ces confusions se reproduisent-elles dans le débat public ? Quels sont les ressorts normatifs des principaux acteurs de la formation continue ? Que nous apportent par contraste les expériences d’organisation démocratique du travail pour penser la « qualification » ?

2. La portabilité individuelle des droits sociaux : une promesse intenable ?
La stabilisation du chômage de masse depuis une trentaine d’années, ainsi que l’augmentation en volume et en variété des contrats de travail dits « atypiques » (CDD, auto-entrepreneuriat), participe à l’amplification des inégalités sociales en fonction du mode de participation au marché du travail réputé incarner l’intérêt général. Afin de réduire ces inégalités, plusieurs agendas de « flexicurité » (stabilité des revenus par-delà l’emploi) sont en concurrence sur le marché des idées politiques, à la croisée des réflexions syndicales, universitaires et technocratiques. Parmi les plus connues, on peut retenir une variante social-démocrate fondée sur l’« investissement social » permettant d’accroître l’« employabilité » individuelle, et une variante souvent considérée comme communiste, fondée sur la « qualification personnelle » et indépendante de toute validation par le marché. Quelles sont les principales qualités et limites de chacune de ces approches ?

3. Imaginer les institutions pour une éducation des adultes émancipée du capital
Au cours de cette troisième et dernière intervention, on cherchera à dépasser le stade du catalogue descriptif (certes critique) des principales dynamiques et controverses structurant les réflexions sur l’organisation du marché du travail, afin d’envisager collectivement les formes que peuvent prendre les mécanismes d’éducation des adultes dans et au-delà des collectifs de production autogérés. Pour ce faire, on reviendra notamment sur des expériences passées et présentes, en France et en Europe : dans quelle mesure les institutions existantes parviennent-elles à s’émanciper des pressions de la rente, du productivisme et du « pouvoir d’achat » ? L’enjeu est à la fois de formuler un cadre de justice sociale qui
soit pertinent pour penser ensemble économie de marché et auto-gestion, et de fournir des points d’appui pour des actions futures.